L'accroissement de la
population et l'essor particulièrement soutenu des villes durant la
seconde moitié du 20è siècle continuera à bouleverser la
démographie du continent africain.
Quels sont les traits spécifiques de la dynamique urbaine en Afrique ?
Un modèle d'organisation et de fonctionnement de l'espace urbain est-il
spécifique à ce continent ?
Frappées par la crise depuis les années 1980 et marginalisées par
rapport aux centres d'impulsion de l'économie mondiale, les villes
africaines peuvent-elles innover pour répondre aux multiples défis du
développement ?
La séquence est organisée
autour de quatre thèmes ; on pourra l'enrichir en puisant aux ressources qui l'accompagnent.
Pour problématiser le sujet, on pourra partir d' un extrait vidéo sur une grande ville
africaine ou de quelques photographies significatives de l'étalement de l'espace
urbain, des contrastes des quartiers et du foisonnement des activités et
des problèmes à gérer.
Ex. de document vidéo : dans la série "Villes
africaines", le CNDP et la chaîne de télévision ARTE ont édité en 1998
"Lagos, mégapole à la dérive"
ou encore le dvd publié par le CNDP
sur les métropoles mondiales.
I- Tardive, mais rapide, la plus forte croissance urbaine
est en Afrique
Les élèves seront guidés dans la recherche de cette idée générale en
observant et en confrontant dans leur manuel une carte de répartition des grandes villes du monde (un
transparent des agglomérations de >1 Mhab.) et une seconde carte portant sur les taux
de croissance urbaine (un transparent de l'accroissement urbain moyen
1950-2000)
Hachette de terminale 1998 et Nathan du
programme de seconde 2001 propose de telles
cartes ; pour des précisions statistiques, on pourra consulter les tableaux du site.
1) - un continent encore peu urbanisé :
On procède à l'analyse en utilisant les tableaux de données statistiques
portant sur l'urbanisation des grands ensembles géo-économiques et continentaux ainsi
que sur le nombre et le rang des grandes villes africaines parmi les 50 premières
mondiales (liens avec tableaux 1a et b ; 3c) pour constater :
- la sous-urbanisation du continent et le faible nombre de grandes villes :
L' Afrique approche les 2/5 de citadins contre ½ pour l'ensemble du monde ;
les habitants des villes représentent en Afrique environ 8 % des urbains du monde, alors que la population africaine totale
comptabilise 13 % de la population du globe. Seulement 3 villes sont
mentionnées parmi les 50 premières mondiales.
- l'inégale urbanisation du continent africain :
elle se lit sur la carte des taux de l'urbanisation
en 2000 et dans le tableau des taux d'urbanisation par ensemble régional.
on soulignera :
- les contrastes entre Afrique noire (taux de 30 %) et Afrique blanche (taux de 50 %)
- les contrastes aussi à l'intérieur de l'Afrique noire : faible urbanisation de la
frange sahélienne < 30 % ; plus élevée dans les états côtiers que dans
l'intérieur (voir le poids des grandes villes portuaires de l'Afrique occidentale et du
golfe de Guinée) : généralement sont les plus urbanisés les Etats insérés dans les
échanges mondiaux ; au contraire, les Etats enclavés sont faiblement urbanisés : ex.
comparés de la Côte d'Ivoire ( 44 %) et du Burundi (taux de 9 %) ; le Nigeria avec un
taux d'urbanisation supérieur à 40 % concentre les 3/5 de la population urbaine de
l'Afrique de l'ouest.
- le semis des grandes villes :
On utilisera la carte de la trame urbaine (semis+taille)
pour analyser la
localisation, puis procéder à une interprétation.
Le semis urbain privilégie trois principaux espaces : la frange septentrionale du
continent, le trait de côte de l' Afrique occidentale et du golfe de Guinée, la dorsale
méridienne de l'Afrique orientale.
Cette répartition différenciée se fonde sur des héritages successifs :
+ un semis urbain précolonial : les cités arabo-musulmanes établies entre le 7è
et le 11è siècle (Kairouan, le Caire, Fès...) , les villes marchandes et les centres de
diffusion culturelle le long de la bande sahélienne Ex : Djenné (Photo couleur dans GU
p. 21), Tombouctou, Kano ; mais aussi les villes des brillantes civilisations urbaines
comme celle des Yoruba au sud-ouest du Nigeria actuel.
+ le l'impact de la colonisation sur le processus d'urbanisation autochtone : création
de la ville européenne avec le commerce de traite et le commandement colonial administratif et
militaire : en dehors des vieilles villes marchandes sahélo-soudanaises et de la
civilisation Yoruba, les villes de l' Afrique noire sont nées avec la colonisation comme
ville capitale administrative (Yaoundé au Cameroun) ou ville portuaire, en relation avec
le commerce de traite (Douala dans ce même pays), Abidjan en Côte d'ivoire (1898 ) .
Les villes ont pour site les points privilégiés de la ligne d'interface océan-continent
(ex :le site de la presqu'île du cap vert pour Dakar),
les intersections de lignes de transport intérieur et les points de rupture de fret :
escales sur les fleuves (Kinshasa 1881), intersection ferroviaire (Thiès), contact
fleuve/chemin de fer et lac (Kisangani).
Les fonctions administratives et économiques ont déterminé la hiérarchie urbaine.
La ville issue de la colonisation blanche en Afrique australe a marqué le territoire
comme expression de la ségrégation raciale, puis de la politique de l'apartheid avec les quartiers
blancs séparés géographiquement des quartiers africains et métis.
Ex : l'ancienne capitale de la Rhodésie du sud ( Salisbury), devenue le Zimbabwe et
sa capitale Harar ; Le Cap et Durban
en Afrique du sud.
+ depuis les indépendances : des créations en relation avec l'explosion
urbaine (à l' Est de Dakar, Pikine est devenue une ville autonome qui compte
démographiquement autant que la capitale du Sénégal), en relation avec l'exode devant
la désertification (ville-refuge de Rosso en Mauritanie) ou par une décision politique
de se démarquer de l'empreinte coloniale : la capitale de la Côte d' Ivoire transférée
à Yamoussoukro (1983) et celle du Nigeria à Abuja (1974). Des villes
nouvelles se créent pour décongestionner la grande agglomération (voir
partie IV- avec l'exemple du Caire)
2)- une croissance
spectaculaire en voie de ralentissement
Documents à utiliser : un article de presse (le journal le
Monde a publié "la croissance urbaine, l'exemple du Caire" ), une carte
précitée sur l'accroissement urbain dans le monde (moyenne 1950-2000) les tableaux
portant sur les rythmes de croissance urbaine avec des exemples d'évolution urbaine
(liens avec les doc2a et 3a et b) .
- la plus forte croissance urbaine au monde : ...
Avec l'exemple de Conakry, capitale de la Guinée, qui voit sa population multipliée par
60 entre 1950 et 1990, on saisit la brutalité de la croissance urbaine.
Pour l'ensemble de l'Afrique, on dénombrait 3 villes millionnaires en
1950, 25
en 1990, 30 en 1995 et 42 en l'an 2000 ; ces dernières représentent 32 % de la population citadine africaine en 1995.
De 1950 à 1990, la population urbaine a été multipliée par 10 en
Afrique sub-saharienne, tandis que la population totale triplait.
- Avec un taux moyen de 5 % l'an - soit un doublement de la population urbaine en 14 ans-
on fera remarquer que l'Afrique vit sur un temps court un processus que l'Europe a
réalisé sur 2 à 3 siècles ; la croissance contemporaine de l'Afrique est 3 fois plus
forte que celle de l'Europe à l'époque de la révolution industrielle ; par contre, on
peut la rapprocher de celle des Etats-Unis d' Amérique à l'époque des grandes vagues
d'immigration.
Avec la crise induite par la mise en application les plans d'ajustement
structurel qui frappe particulièrement les villes, la croissance se
ralentirait ... mais en chiffres absolus, elle reste considérable (le Caire
s'accroît de
220 000 habitants par an)
... avec des rythmes de croissance différenciés dans le temps et dans l'espace :
-carte des taux de
croissance urbaine en Afrique
- exemples nationaux
- la poussée des grandes villes : classement des villes africaines dans la trame mondiale
; carte des grandes villes d' Afrique noire .
La croissance urbaine aura été particulièrement explosive au lendemain des
indépendances avoisinant les 10 % par an et profitant aux grandes métropoles, ce qui
n'empêche pas celle des villes moyennes et petites (au Cameroun, les villes moyennes du
nord et de l'ouest rattrapent leur retard sur les deux têtes du réseau) ; revenu à un
rythme moyen de 4 à 5 % depuis la fin des années 1980, elle est plus marquée pour les
régions qui étaient les moins urbanisées jusqu'alors, notamment celles de l'Afrique
orientale et centrale, alors qu'elle est plus faible en Afrique du nord
disposant de taux d'urbanisation supérieurs à 40 %.
- les facteurs de l' explosion urbaine :
On peut repartir de l'article de presse du journal Le Monde
portant sur le Caire.
+ la dynamique naturelle est devenu aujourd'hui le facteur principal même si
l'urbanisation accélère le processus de transition démographique par rapport au monde
rural (contraception mieux diffusée, âge plus tardif du mariage, statut de la femme :
plus scolarisée, salariée ; influence des facteurs socio-économiques liées à la crise
: coût du logement, nécessité d'assumer les obligations communautaires...) car la
natalité reste forte à cause de la jeunesse de la population, résultat de l'ampleur des
migrations antérieures - et d'autre part, la baisse de la mortalité est également plus
forte que dans les campagnes :
Données - sur la mortalité infantile au SENEGAL : (moyenne 1976- 87)
Dakar : 73°% ; Rural 102 °%
Dakar concentre les 2/3 des médecins et le 1/3 des hôpitaux du pays
+ les mouvements migratoires, facteur principal dans la phase de forte
croissance de la période 1950-1970, ne sont plus aussi déterminants, car le retour au
village est possible ; la crise économique conduit les mouvements dans les deux sens ; les
migrants ruraux sont attirés par l'espoir de trouver l'emploi, d'être mieux scolarisés
et soignés, de s'approprier les biens de la modernité proposés par la ville en contact
avec les flux mondiaux. D'autre part on assiste à des retours à la
campagne, notamment dans les Etats fortement secoués par la crise depuis
les années 1980, suite à la chute des cours des matières premières, au
développement de l'insécurité urbaine et à la montée de la corruption
: au Congo, les villes petites et moyennes bénéficient du repli de la
population de Kinshasa dont le taux de croissance est passé de plus de 9
% dans les années 1960 à 6 % aujourd'hui. Au Sénégal frappé par la
récession économique et le sous-emploi à Dakar, des jeunes diplômés
ont décidé de retourner à la terre ; leur dynamisme fait des émules
autour du territoire mis en valeur par des plantations fruitières et
légumières alimentant les marchés locaux et urbains de plus en plus
développés par des acteurs privés.
+ la traduction spatiale de la croissance : la ville africaine est
consommatrice d'espace ; l'horizontalité de la ville
avec parfois un caractère semi-rural est un trait marquant pour celui qui découvre l'
Afrique : toits de tôle ou à terrasse s'étalent sous le regard de l'européen qui
atterrit dans une de ces métropoles, portes d'entrée de l'Afrique. Cet
étalement est une reproduction de la trame de l'habitat des campagnes, mais
il est aussi provoqué par la précarité de l'habitat et à une occupation du sol mal maîtrisée.
La croissance peut se réaliser aussi par densification du tissu urbain pré-existant,
par
extension verticale ou par formation de villes satellites en périphérie
de l'agglomération ; les trois
processus peuvent se réaliser simultanément dans le cas de la métropole du Caire.
Les exemples et documents ne manquent pas pour démontrer ce phénomène de
l'extension spatiale de la ville :
- le croquis des étapes du développement spatial du Caire
(Nathan p.218 ou Breal p. 243) associé à une photographie de la densification de
l'espace du vieux Caire (Hachette de Terminale p. 221)
- croquis de l'extension de Dakar (Hachette p. 235)
3 ) - les réseaux urbains nationaux à structure
primatiale sont fréquents, mais les systèmes urbains en Afrique sont riches de leur
diversité :
-Documents graphiques et cartographiques sur la trame
urbaine au Sénégal, au Maroc et au Cameroun sur le site.
- Les villes primatiales, voire macrocéphales regroupent en moyenne 30 à 60 % de la
population urbaine et sont de 3 à 5 fois plus peuplées que la seconde ville
du pays ; on
pourrait les classer en trois types :
- des systèmes macrocéphales : Sénégal, Tunisie, Côte
d' Ivoire, Mali, Guinée, Madagascar... La capitale concentre > 1/5 de la population
totale du pays et > 60% de la population urbaine (55 % pour Dakar et 80 % pour Conakry)
- des systèmes bipolaires : au Cameroun,
Yaoundé est la métropole administrative et Douala, la métropole économique.
- des systèmes multipolaires hiérarchisés
fréquents en Afrique du nord (Algérie, Maroc) et en Afrique australe, mais aussi pour la
fédération du Nigeria, la République démocratique du Congo.

II- L'ESPACE URBAIN
FRAGMENTE, REFLET DES DISPARITES DE LA
SOCIETE et DU POUVOIR DOMINANT
DOCUMENTS DE TRAVAIL A CHOISIR PARMI :
- des documents photographiques sur les paysages urbains :
ceux du manuel utilisé par les élèves et notre banque
d'images.
- un extrait d'une cassette VIDEO portant sur la ville africaine : dans la série des
"villes africaines" le Cndp et la chaîne de télévision Arte proposent une
séquence sur "Dakar, porte de l' Afrique " ( durée 7 minutes) : il s'agit
d'une lecture de l'organisation spatiale d'une ville d' Afrique noire.
- des extraits de la carte Ign de Dakar permettront une
analyse en relation avec le document video.
- l'étude de la ville du Cap, comme traduction spatiale de la ségrégation raciale depuis les
années 1950 et marquant encore le paysage urbain malgré la disparition officielle de
l'apartheid, pourra être conduite en utilisant les références
bibliographiques et photographiques signalées dans la documentation.
On pourra demander à l'issue de cette étude de réaliser un croquis-schéma
modélisant l'espace urbain de la ville d' Afrique noire, d'une ville de
l'apartheid ; l'outil informatique de dessin
pourra être utilisé dans Word.
A partir d'un temps d'observation des paysages urbains et de la
formulation des premiers constats par les élèves, on construit l'analyse autour de
quelques traits caractérisant la morphologie urbaine :
1 ) - l'héritage d'un urbanisme
pré-colonial et colonial transparaît dans les paysages actuels des grandes
villes d'Afrique.
- dans l'Afrique arabo-musulmane : la médina souvent édifiée sur
un site défensif (Casbah d' Alger) est le cur ancien de la cité ; elle s'
organise autour de la mosquée avec son dédale de rues étroites et ses impasses ou
venelles ( plan de la médina de Fès-El Bali
au Maroc). Malgré des programmes de
réhabilitation, les quartiers de la médina sont gagnés par la paupérisation et la
surdensification. S'y juxtaposent la ville
européenne et les extensions urbaines.
- dans l'Afrique de la ségrégation raciale :
- l'exemple de Harare, capitale du Zimbabwe, l'ancienne Rhodésie du sud
devenue indépendante au début des années 1980 (croquis modélisant la ville de
l'apartheid dans Nathan p 225) : le compartimentage de la ville montre les effets
toujours visibles de l'application de la loi d'apartheid ayant conduit à une
ségrégation raciale et sociale.
- l'exemple de la ville du Cap (Cape Town) ou de Durban en Afrique
du sud :la ville héritée de la période de l'apartheid (1948-1994)
traduit dans le tissu urbain les disparités socio-économiques, mais
aussi la politique et l'idéologie raciale de l'ancienne minorité blanche
au pouvoir ; celle-ci a radicalisé une ségrégation raciale et spatiale
qui préexistait avec la période coloniale qui la justifiait par des
arguments sanitaires et sécuritaires. La législation de l'apartheid avec
notamment le "group areas Act" de 1950 sectionne la ville en
quartiers racialement homogènes : quartiers
blancs, indiens, townships
de
la population africaine.
La ville de l'apartheid est donc éclatée, fragmentée avec des zones de
vide qui introduisent une discontinuité dans le tissu urbain
- dans la ville coloniale : la différenciation entre les quartiers européens et la
ville indigène :
l'exemple de Dakar est retenu pour l'analyse ci-après.
- la situation et le site : un promontoire à l'extrémité de la
presqu'île du cap vert (observation sur une carte ou une image) avec une rade
lovée dans sa partie orientale.
- montrer par l'aide à la lecture d'un extrait de la carte IGN
la dualité du tissu urbain : le plan
quadrillé de la ville européenne dénommé "le plateau"
avec une division fonctionnelle du territoire, des lotissements standardisés ;
la ville indigène délimitée après 1914 (la
"médina" dakaroise), est aménagée après la guerre en lotissements destinés
aux "évolués" .
2 ) -mais aujourd'hui l'africain est
acteur de l'espace urbain, reflet de la société avec ses
dysfonctionnements et ses contrastes, d'où l'aspect composite du tissu urbain, avec
néanmoins un dualisme marqué par la ville "légale" et la ville
"illégale" .
On orientera la lecture de la carte IGN vers des secteurs
particulièrement démonstratifs ; en fonction du manuel de l'élève, se reporter aux
cartes ou plans disponibles et aux photographies.
- la ville légale est celle qui relève des normes
occidentales, avec l' héritage de la période coloniale ; elle comprend :
+ le centre politique, administratif et les quartiers des services marchands de la finance
et de l'import-export ( Dakar et le quartier du "Plateau"); le paysage urbain est caractérisé par de grandes avenues
bordées d'immeubles à étage, de carrefours et parcs ayant conservé des monuments
rappelant le passé colonial (Dakar et le monument
honorant le tirailleur sénégalais de la grande guerre)
+ les quartiers des classes aisées
à Dakar s'étirent le long de la corniche maritime entre Fan et Ouakam, et se
prolongent jusqu' à la pointe des Almadies.
+ les quartiers de logements sociaux, détournés au profit des classes moyennes et des
fonctionnaires de l'Etat, mais souvent dégradés (le "Grand Dakar" ) : on y
trouvent des lotissements de maisons d'un seul niveau et des immeubles de type HLM ; les
loyers élevés poussent les résidents à migrer vers la périphérie où
l'Etat a
entrepris de planifier l'extension urbaine en viabilisant des lots et en construisant des
lotissements (le Dakar- Yoff) ; on remarquera la trame des réseaux de la voirie qui
adopte aussi le modèle quadrillé ; ce type de programme de relogement en périphérie se
vérifie dans les autres villes d'Afrique noire, telles Abidjan et Douala.
- la ville illégale est constituée de quartiers
d'habitat populaire avec une propension à s'étaler considérablement et anarchiquement
sur les terrains non parcellisés. Elle reçoit la grande majorité des citadins rejetés
de la ville moderne ; ces derniers construisent sur des espaces "illégaux"
négociés auprès d'intermédiaires urbains ou auprès des chefs coutumiers des villages
de la périphérie urbaine ; cet habitat autoproduit permet de résoudre partiellement la
crise du logement non maîtrisée par les pouvoirs publics et montre la capacité des
africains à gérer la précarité ; l'espace "irrégulier" pourra
ultérieurement bénéficier de projets d'amélioration dans le cadre de lots viabilisés
: des habitats précaires auto-construits sont restructurés avec l'aide de la Banque
mondiale (desserte en eau et électricité, voirie hiérarchisée, assainissement,
légalisation foncière) ; sur l'extrait de carte de la périphérie nord de Dakar, on
peut lire des toponymes significatifs des transformations urbaines ( "parcelles
assainies" du Dakar Grand Yoff) ; l' amélioration des quartiers auto-construits est
le résultat de la mobilisation populaire organisée en associations comme à "Guinaw
rails", quartier irrégulier de 160.000 habitants occupant une zone inondable
durant la saison d' hivernage, dans l'une des banlieues les plus pauvres de Dakar. Les
associations construisent l'école primaire, fondent une caisse de crédit pour aider les
femmes à créer un petit commerce.
Mais le processus d'extension urbaine inégalement contrôlé est surtout dynamique au
nord-est de l'agglomération dakaroise, à Dakar-Pikine :
DAKAR-PIKINE :
est une banlieue située à 13 km au nord-est de Dakar, aménagée à partir de
1952 sur les terres de deux villages de pêcheurs lébou (Thiaroye et
Yembeul) afin de
décongestionner les quartiers populaires de la capitale ; devenue une véritable ville avec
dualité de l'occupation de l'espace , lisible sur la carte au 1/25 000 : à partir de
lots "assainis" et ordonnés par la voirie qui dessine une trame géométrique,
des villages ethniques se reconstituent avec leurs associations de solidarité, la
mosquée, le poste de santé, l'école : la ville est africanisée sans une copie servile
du modèle occidental, mais en tenant compte des traditions des villages d'origine.
Aujourd'hui Pikine est le siège d'une préfecture, dispose d'un lycée, de plusieurs
marchés, de cinémas, d'une maternité ; en périphérie de l'espace légalement
construit et propriété de l'Etat sénégalais, on lira l'espace hétérogène
d'autoconstruction et d'extension spontanée sur des terrains négociés avec les
chefferies locales des pêcheurs Lébou ; ceux-ci vendent et morcellent irrégulièrement
leur patrimoine en fonction des opportunités.
Finalement, aux portes de Dakar, s'est développé une ville qui compte autant d'
habitants que la capitale :
Evolution de la population de Dakar-Pikine ( nombre d'habitants)
| 1960 |
1976 |
1987 |
30 000 |
210 000 |
650 000 |
- des indicateurs permettent d' appréhender la différenciation des
quartiers urbains en fonction des degrés de précarité :
-la mortalité et l'encadrement sanitaire et médical : le paludisme est un
révélateur des contrastes socio-spatiaux, car il se concentre dans les quartiers urbains
de la périphérie où les conditions sont favorables à l'établissement des sites
larvaires : bras d'égout à ciel ouvert, périmètres maraîchers
-le niveau de scolarisation et la précarité des infrastructures
-l'assainissement et la distribution de l'eau : à Pikine, la mortalité junénile est x
1.6 quand on s'approvisionne en eau à la borne-fontaine plutôt qu'au robinet domestique.
Aujourd'hui, majoritairement la croissance spatiale des villes africaines se
fait selon un processus illégal : l' espace ainsi occupé représenterait plus de 40
% de la surface urbaine et logerait 70 % des citadins.
3) - La diversité des grandes villes africaines :
- la grande ville arabo-musulmane : Le Caire,
Alger, Tunis, Casablanca.
-le grand port maritime de l' Afrique occidentale et du golfe de Guinée : Dakar, Abidjan,
Lagos, Douala.
- le grand port fluvial d'Afrique centrale: Brazzaville, Kinshasa.
- la capitale macrocéphale de l'état sahélien au caractère semi-rural : Bamako
- la grande métropole d'Afrique australe post-apartheid : Johannesburg, Le Cap, Durban.
A l'issue de l' étude de la différenciation et de la
dynamique de l'espace urbain, la construction de croquis-schéma
modélisant peut être envisagée pour mémoriser les types de
d'organisation spatiale.

III -L'URBANISATION EST- ELLE UN FACTEUR DE DEVELOPPEMENT
EN AFRIQUE ?
- la ville est un lieu de production dont le
caractère informel est devenu
majoritaire.
Document pouvant être utilisé :
on recommandera la séquence vidéo éditée par le Cndp et Arte dans la série des
villes d Afrique : " Léconomie de la débrouille ".
( durée 2 minutes )
Photographies et textes du manuel relatifs aux activités dans la grande ville.
La banque d'images sur le site
( partie III de l'index )
On mettra en évidence la dualité entre un secteur dit " moderne "
et les activités du secteur dit " informel " dont on précisera les
critères de définition.
- les activités du tertiaire sont regroupées dans l'ancienne ville
coloniale; elles concentrent la quasi-totalité des fonctions de direction du
pays, les
sièges des sociétés étrangères , les banques, les grands hôtels . En terme
d'emploi, le secteur public apparaît hypertrophié et d'inégale valeur.
Pour les responsables politiques, il constitue une soupape de sécurité face à la pression des jeunes diplômés
demandeurs demploi.
- l'activité manufacturière légale est géographiquement concentrée ; elle se
limite souvent au traitement des produits primaires pour l'exportation et aux activités
de substitution à l'importation ; l'espace de cette activité est liée à l'outil
portuaire .
- les activités de lartisanat sont nombreuses et diffuses dans la ville :
celles du bâtiment font vivre des filières de tâcherons ; les métiers de la
récupération de produits intermédiaires auprès des industriels élaborent des produits
finis destinés aux ménages urbains et aux ruraux : forgerons fabriquant des moulins à
céréales, des presses à manioc, les seaux pour les bornes-fontaines, ferblantiers
(arrosoirs, cuvettes) , vanniers, maroquiniers, charbonniers ...
- la place croissante de l'agriculture en réponse aux besoins des
citadins :
L ' alimentation des villes se fait en partie par les importations (pour 30 % en Afrique
subsaharienne et même plus de 50 % en Afrique septentrionale) et aussi par l
autoproduction vivrière : soit sur des parcelles intra-urbaines dans les bas fonds
humides, voire sur les parcs urbains, soit dans des périmètres de polyculture vivrière
en couronne périphérique (jardins de case et champs de case dans les quartiers
périphériques de Bangui) . Si la ville dynamise l'agriculture vivrière dans les
campagnes proches, souvent elle est une source d'appauvrissement pour les espaces ruraux
enclavés et concurrencés par les importations alimentaires au meilleur coût.
Il apparaît que les surplus de lagriculture traditionnelle ne répondent que
partiellement aux besoins des villes.
- l ' importance du secteur informel :
par rapport à l'économie légale, l'informel désigne un ensemble d'activités non
officiellement déclarées, difficilement répertoriées, ce qui fait dire par certains
critiques qu' il détourne une partie des recettes fiscales de l 'Etat ; au contraire
d'autres y voient le régulateur économique et social face à la crise.
La réalité est que l'économie informelle fait vivre ou survivre un grand nombre
d'actifs (90 % à Cotonou ; 51 % à Douala ; 37 % à Bamako ...) ; elle repose sur une foule d'activités
diversifiées ne nécessitant pas un capital important et s'adaptant aux besoins de la
clientèle ; on notera l'importance des métiers de la récupération ou "économie
de la débrouille", mais nombre de services que l'autorité publique ne peut assumer
relèvent aussi de ce mode de production : ainsi en est-il des petits
services de la reprographie
à Yaoundé ou dans le secteur des transports
assuré par des minibus privés à Dakar ; à la gare routière de la "Patte
d'oie" , des jeunes surnommés "coxeurs" orientent les passagers vers le
minibus en fonction de la destination.
-l'informel peut-il continuer à jouer un rôle régulateur face à la crise urbaine ?
- l' économie populaire du secteur de l'informel répond aux urgences de la société
fournissant des produits à faible prix, créant des emplois et développant
l'apprentissage ; c'est un mode de survie pour la majorité des urbains exclus du système
légal de l'économie. Mais avec la pression démographique et les politiques
d'austérité, on peut s'interroger sur les capacités de l'informel à répondre aux
nouvelles nécessités. La crise urbaine avec les diminutions des
dépenses publiques ralentit l'embauche des jeunes diplômés et fait
exploser le chômage.
- Si le secteur est inventif, il ne gagne pas
en productivité ; le secteur informel peut même être destructeur des écosystèmes dans le cas du
négoce du bois de feu pour la consommation domestique.
A propos de l'informel, le sociologue de l' Afrique, Georges BALANDIER parlait de
"L' importance d'une culture du bricolage ... L'ingéniosité tire profit des
ressources les plus modestes" .
- la ville est un lieu d'échanges et de socialisation
- La ville est l'espace privilégié du changement social par le contact avec le
monde extérieur et la diffusion de la connaissance.
- Des liens de solidarité communautaires se maintiennent entre le jeune migrant et le
village d'origine -où il aura construit avant de migrer vers la ville- , ainsi qu'entre
le jeune citadin et les aînés qui l'ont précédé dans la mesure où ils appartiennent
à la même communauté villageoise et ethnique ; ces rapports sont définis par un
système coutumier de droits et d'obligations au présent et au futur. La solidarité
villageoise se traduit par des transferts directs en numéraire ou en nature (plats
alimentaires) ou indirects (tutorat/ hébergement / cérémonies) .
Mais il est vrai que la crise urbaine dissocie les solidarités et rend les liens plus
lâches : les structures sociales traditionnelles sont mises à rude épreuve ; elles
servent d'amortisseur à la crise, mais jusque quand ? Néanmoins dans les quartiers
pauvres "irréguliers" , la solidarité est nécessaire pour affirmer son droit
à l'occupation foncière : dans le quartier dénommé "les Baraques", à la
périphérie du Grand Dakar, les familles cotisent en vue d'acheter du terrain pour ne pas
être victimes d'une opération de "déguerpissement " . Les
aînés offrent au moins le logement aux jeunes générations à la
recherche d'un emploi.
La ville est aussi le lieu de la palabre institutionnelle : les représentants des communautés
rurales viennent exposer les problèmes et négocier les projets de développement rural
auprès des représentants de l' Etat.
- la ville africaine est un foyer de création, d'innovation :
l'identité citadine et l' image positive de la ville sont défendus par les
promoteurs de la musique moderne africaine et urbaine : les chanteurs et
compositeurs Youssou N'DOUR,
Wasis DIOP, Baaba MAAL ... puisent leur inspiration dans la tradition
du griot africain et dans les apports du
monde occidental.
La ville est un lieu d'échanges et de diffusion culturelle, à l'exemple
de Bamako et ses rencontres littéraires, ses ateliers de sculpteurs ...
Si la ville est l' espace de la vie et de la survie, il apparaît qu'elle apporte
plus de bien-être que le monde des campagnes, qu'elle contribue à la création, à la
modernité pour le futur du continent.
Mais il est vrai que les défis à gérer sont à la démesure de sa croissance.

IV- LA DIFFICILE GESTION DE
LA CRISE URBAINE
Documents proposés :
-Le document vidéo Cndp-Arte "Lagos, Mégapole à la dérive"
-Les photographies témoignant des conditions de la vie citadine.
-Les croquis-schémas sur les plans durbanisme (plusieurs éditions en font mention
dans leur manuel en prenant lexemple du Caire, Ouagadougou ...)
-Les textes du manuel de l'élève et des extraits darticles de presse nombreux sur
les grandes villes d Afrique (exemple de référence : " la
croissance urbaine et ses effets " dans le journal Le Monde, du 26/09/ 1994) .
- Partie IV de l'Index de la banque
d'images
On fera identifier à partir des documents la nature des dysfonctionnements de la grande
ville africaine, puis on évoquera les solutions envisagées
par les autorités institutionnelles nationales et étrangères ou de plus en plus par les sociétés
civiles pour y remédier.
1- les dysfonctionnements de la ville africaine peuvent être perçus à
travers :
-Le problème du foncier et la crise du logement :
l' étalement spatial et la fragmentation du tissu urbain manifestent
limpossibilité des autorités à canaliser lavancée anarchique du front
durbanisation ou la surdensification des centres. On rappellera que 40 à 70 % des citadins
vivent dans des constructions illégales.
Le centre des villes du monde arabo-musulman est l'objet de
surdensification à l'insu des autorités qui se voient dans l'obligation
de prendre des mesures coercitives ; c'est le cas de la ville du Caire
avec ses élévations illégales et l'occupation des cimetières à l'Est
de la citadelle ou "cité de la mort".
A la périphérie des villes, la gestion foncière se heurte aux pratiques illégales sur
les terres de lEtat ou aux droits coutumiers des villages péri-urbains sur lesquels
s'exercent aujourd'hui la pression foncière. Les chefs villageois négocient la terre en
fonction des opportunités sans que les lots soient viabilisés et enregistrés dans un
dispositif de réglementation de loccupation du sol. Le problème foncier, c'est
aussi l'avancée du front urbain aux dépens des zones cultivables (vallée du Nil,
plaines fertiles de la Mitidja algérienne, dépressions maraîchères interdunaires au
nord de Dakar ... ) D autre part les afflux importants de population en périphérie
rendent dérisoires les programmes dhabitat insuffisants ou financièrement
inaccessibles aux couches les plus pauvres de la population ; sans compter les
méfaits de la corruption et du clientélisme qui détournent les programmes de leurs
destinataires initiaux. Dans les villes marquées par l'apartheid, le
remodelage du tissu urbain et la reconstruction des liens sociaux sont
également de lourds défis.
-l'importance des flux intra-urbains et le problème des transports :
la question est posée en termes dinégalité spatiale pour les classes
populaires rejetées en périphérie qui doivent effectuer de longs déplacements
journaliers vers le centre pour y exercer leurs activités marchandes. Aux flux de
migrants des campagnes vers la ville, sajoutent donc les migrations intra-urbaines
que les autorités ne peuvent accompagner, compte-tenu de lindigence des services
publics. Létalement de lhabitat contribue au surcoût des réseaux :
ceux de la voirie, de la distribution de lélectricité, de leau
et de l'assainissement.
-Les problèmes d'environnement :
accès à l'eau potable, évacuation ou traitement des déchets.
- l'alimentation en eau : à Dakar, le taux de branchement à l'eau potable est de 30 %,
sans pouvoir préciser sil sagit de desserte à domicile ou aux
bornes-fontaines publiques plus facilement sujettes à des formes de pollution.
A Alger, l'approvisionnement est devenu un cauchemar pour les familles de
nombreux quartiers pour lesquels l'eau est rationnée ;des camions
citernes desservent les quartiers et les plus fortunés achètent l'eau à
des distributeurs privés. Cette situation s'explique par le déficit
pluviométrique, mais aussi par un réseau d'adduction défectueux non
entretenu.
- l'évacuation des eaux pluviales, des eaux usées et des ordures ménagères : leur traitement
dépasse les capacités financières des villes ; la mortalité infantile est
révélatrice des carences en équipement et des niveaux de sous-équipement.
Les décharges sauvages se multiplient et le littoral ou les fonds marins
servent de dépotoir.
Des
associations de quartier se sont créées pour financer l'achat de charrettes destinées
à la collecte des ordures ménagères ; souvent celles-ci sont brûlées à l'air libre
dans la ville.
- la menace sur l'environnement est aussi provoquée par la consommation de bois de feu
utilisé pour les besoins domestiques ; des camions surchargés de charbon de bois
ravitaillent les ménages urbains pour couvrir des besoins qui ont été multipliés par 2
en dix ans à Dakar, ce qui correspondrait à la disparition de 30 000 ha de forêt.
- Linsécurité est une autre donnée de la vie urbaine :
linsécurité sanitaire plane sur les quartiers dhabitat spontané et se
double de linsécurité foncière menaçant les familles récemment installées. Si
des opérations spectaculaires de démolition dhabitat taudifié ont été
remarquées dans le passé, on voit sinstaurer une pratique moins radicale vis à
vis des populations démunies.
2- Quelles réponses aux défis de la
crise urbaine ?
La Conférence Habitat2 d'Istanbul
en 1996
a insisté sur la nécessité de mener des actions intégrées et
participatives en vue de rendre les villes plus sûres, saines et justes :
le droit au logement est reconnu comme une des priorités dans les droits
de l'homme, de même que l'accès aux services de base comme l'eau potable
et l'assainissement. Ces droits sont devenus des objectifs proclamés lors
de la Conférence de Monterrey sur le financement du développement en
juin 2002 et rappelés au second sommet de la terre pour le développement
durable à Johannesburg en septembre 2002.
Dans quelle mesure autorités centrales, collectivités locales,
institutions internationales et autres acteurs extérieurs contribuent
à répondre aux objectifs ainsi proclamés ?
- l'évolution vers un traitement plus humain de lhabitat illicite : de la
politique du "déguerpissement" à celle du "déménagement"
- la fin des procédures répressives est apparemment le fait des villes comme Abidjan,
Dakar
- les nouvelles stratégies recommandées par la banque mondiale privilégient les
programmes de parcelles assainies (les trames d'accueil) et des logements sociaux. Il
s'agit d'africaniser la ville sans une copie servile du modèle occidental. En partant de
lexistant, les quartiers se voient octroyer progressivement la distribution de l'eau
et de lélectricité.
Photo de parcelles loties
pour les classes moyennes à l'est de Dakar.
Mais la gestion urbaine a aussi montré ses incohérences en allant copier des modèles
extérieurs mal adaptés aux modes de fonctionnement de la société africaine (logements
dans de grands ensembles collectifs sinscrivant dans la politique urbaine de
"villes nouvelles" .
- Les tentatives de planification urbaine et de recomposition spatiale :
Leur analyse est présentée dans plusieurs manuels de terminales, dont le manuel des
ed. Bréal p. 248-249 et Galée p.162 avec le texte de l'IAURIF.
+ dans les ville du Maghreb :
: " Une tentative d'aménagement métropolitain " : l'exemple de
la ville du Caire. " :
depuis la publication du schéma-directeur du Grand Caire en 1970, une
politique d'urbanisation fondée sur la construction de villes nouvelles
se poursuit. Les villes nouvelles dites "vraies" situées à
plus de 50 km de la capitale doivent apporter une autonomie fonctionnelle
(Dix de Ramadan et Sadate située à 90 km ; des régimes fiscaux
favorables aux investisseurs stimulent localement l'emploi) ; les villes
satellites dans un rayon de moindre importance (Six Octobre, Quinze de
Mai) prolongent l'étalement urbain tout en bénéficiant des
infrastructures de transport modernes développées au Caire.)
En ce qui concerne la protection de l'environnement, les autorités du
Caire ont développé un programme de lutte contre la pollution
atmosphérique, obligeant les installations industrielles à se mettre aux
normes antipollution.
+ dans les villes d'Afrique noire : on mentionnera les politiques de freinage
de la croissance des grandes villes en renforçant les niveaux inférieurs de la
hiérarchie urbaine ou en procédant à des opérations de transfert de compétences
administratives (création de nouvelles villes capitales : Côte dIvoire,
Nigeria) ou en dotant les extensions urbaines périphériques d'une
véritable autonomie administrative avec les effets induits pour leur
équipement (exemple de la ville de Pikine au nord-est de Dakar).
+ dans les villes de l'apartheid : comment rompre le cloisonnement
géographique hérité de la période de la politique de l'apartheid?
comment recréer un espace public en y faisant vivre collectivement des
groupes sociaux qui s'ignorent ou qui exercent un effet de repoussoir ?
Il apparaît difficile de remodeler des quartiers qui ont inscrit sur leur
espace des réseaux de fonctionnement et de solidarité les faisant vivre
souvent en autarcie comme dans les townships des communautés noires. De
même les espaces publics ont été séparés : les plages
de front de mer à Durban et Cape Town sont fréquentés par les
communautés qui se sont approprié des territoires bornés
artificiellement par des jetées.
Deux logiques orientent le devenir territorial des villes issues de
l'apartheid : la logique du marché et celle de l'intervention publique.
Avec la suppression officielle des lois de l'apartheid et l'application de
la loi du marché au foncier, certains quartiers réservés aux blancs
sont devenus accessibles aux noirs, indiens et métis les plus fortunés.
Les townships restent isolés et peuplés de noirs pauvres, premières
victimes de la violence urbaine qui s'est emparée de la ville
sud-africaine (criminalité, réseaux de gangs ...) ; la politique
du logement social mis en oeuvre par les autorités dans ces quartiers ne
peut que prendre en compte les effets désastreux de ce qu'il faut
désormais appelé une ségrégation sociale. A la périphérie des villes
se développent des centres commerciaux fréquentés par classes aisées
et les classes moyennes parmi lesquelles on voit se développer la mixité
raciale et un désir de nouer des liens sociaux.
Quelle
croissance future pour les grandes villes d'Afrique ? Le ralentissement
qui paraît s'être amorcé depuis une vingtaine d'années va -t-il durer
? Peut-on interpréter ce ralentissement comme s'inscrivant
dans une phase de transition urbaine avancée ? On pourrait aussi
avancer que le ralentissement s'explique par la crise économique et
sociale qui frappe l'Afrique sous-industrialisée et marginalisée dans
les échanges mondiaux. Une industrialisation de l'Afrique redonnerait à
la ville sa fonction attractive pour l'emploi et contribuerait à
l'accélération de l'urbanisation. Pour l'ONU, le taux d'urbanisation
restera le plus fort du monde et une croissance annuelle de 4 %
jusque 2015 est possible.
Restent les problèmes qui donnent dans
la démesure, compte-tenu de la
soudaineté et la force du processus d'urbanisation. Les villes africaines montrent leur
niveau de pauvreté, mais pas systématiquement de la misère... car les populations
innovent et veulent vivre dignes. Lorsque les autorités
administratives se dérobent à leurs responsabilités, la société
civile se solidarise et invente des solutions avec un sens de la
débrouille remarquable.
